Six signes que l’anglais imprègne mon cerveau

Alors que nous entamons notre septième année aux Etats-Unis, je me rends compte que l’américain imprègne de plus en plus mon cerveau. Une belle ironie pour une fille qui était toujours dans le dernier quart de la classe en anglais! Voici quelques signes qui ne trompent pas:

1. Lorsque je dis « Hi » j’ai systématiquement envie de rajouter « how are you? ». Et réciproquement, lorsqu’on me salut d’un « Hi, how are you? » je ne réponds plus simplement « Good! » mais « Good, and you? ». Au bout de six ans, j’ai finalement intégré les dix secondes d’échanges futiles qui commencent les rencontres à l’américaine et je me plie de plus en plus aisément à ce petit rituel.

2. Lorsque j’entends une grenouille, mon cerveau ne traduit plus par « coa coa » mais par « ribbit ribbit ». C’est très perturbant.

Cette grenouille parle-t-elle votre langue natale?

3. J’arrive à faire attention à ne plus utiliser les métonymies classiques en France et dont on oublie qu’elles ne sont pas automatiques dans une autre langue – pour ceux qui ont besoin d’un rappel (comme moi avant que j’écrive cet article), la métonymie est une figure de style basée sur un lien logique entre le terme exprimé et le terme qu’il remplace comme dans « boire un verre » ou « j’ai trouvé un nouveau toit ».

Donc, je fais attention à mes métonymies et je ne propose plus “Do you want a coffee ?” mais “Do you want a cup of coffee ?” (on dit “let’s go for coffee”, mais pas “let’s go for a coffee”). De même, le week-end, Lottie n’est plus invitée à des “birthdays” mais bien à des “birthday parties”. Ça m’a pris un petit moment avant d’intégrer cela et je dois probablement encore en faire (mais j’ignore de le savoir!)

C’est l’histoire d’un mec qui rentre dans un café et plouf: pas sûre que ce soit drôle pareil en anglais, car on boit des cups of coffee dans un café.

4. J’utilise des expressions qui n’ont pas de traduction en français et qui sont typiquement américaines: « hold your horses  » lorsqu’il ne faut pas s’emballer, « I wanted to touch base » pour faire le point sur quelque chose. Les Américains ont des expressions bien à eux basées sur le baseball, le football ou encore l’histoire du Far West (Lottie ne construit pas des « cabines » (cabanes) dans notre salon mais bien des « forts », qui font référence à ceux construits lors de la conquête de l’Ouest).

Retiens ton cheval, on va construire un fort!

5. Je cherche de plus en plus des traductions de l’anglais au français. Comment on dit gross motor skills déjà? (motricité globale). Et declutter? (desemcombré). Et navy? (bleu marine). L’anglais ayant plus de mots que le français, parfois je ne trouve pas (shallow, sleet, skyline, bucket list…). J’apprend tout un vocabulaire dont j’ignore les mots en français (par exemple tout ce qui concerne le toit d’une maison vu qu’on a fait refaire le nôtre l’année dernière: flashing, ridge vent, eave etc) et parfois, le concept n’étant pas familier en France, comme la car line pour déposer Lottie à l’école le matin ou la lunch box quotidienne des enfants, j’ai la flemme de trouver un équivalent.

6. Je me pose des questions sur les subtilités de traduction: en janvier, un rédacteur du Journal France-Américain a traduit la galette des rois par « the king’s cake ». Ça m’a un peu fait bondir, car la pâtisserie commémorant la visite des rois mages au bébé Jésus, je pense que la traduction « The wise men cake » serait plus appropriée (à cause du pluriel : la galette DES rois (sous-entendu des rois mages), et non pas la galette DU roi). Mais je veux bien admettre que cela puisse se discuter comme la fève contenue dans la pâtisserie sélectionne un roi parmi les convives. Lorsque j’ai lu Seveneves, de Neal Stephenson, celui-ci décrit un générateur thermoélectrique à radioisotope et le compare à un S’more, une gourmandise typiquement américaine. J’ai eu immédiatement une pensée pour le traducteur de la version française: quelle analogie utiliser?

Et pour finir ce billet, voici une de mes petites perles américaines (si vous en voulez plus, vous pouvez lire ce billet). Alors que j’arrive aux urgences à l’hôpital:

L’infirmière : Why did you come? (Pourquoi vous êtes venues?)

Moi : I passed away. (Je suis morte.)

Bon, j’avais peut-être l’air d’un zombie, mais j’ai quand même tout de suite pris conscience de mon erreur, rigolé et corrigé: I passed out (je me suis évanouie) (ce n’était rien de grave au final, juste une petite péripétie de grossesse liée à la déshydratation).

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6 Commentaires sur "Six signes que l’anglais imprègne mon cerveau"

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Papi Mujo
Invité

Aie aie aie, il serait peut-être temps d’envisager un rapatriement pour faire disparaître ces symptômes inquiétants…

Cochonou
Invité

En effet, les symptômes sont inquiétants: il va t’arriver la même chose que dans Babel 17 !

Par contre, j’ai dû rater la références aux s’mores dans Seveneves… et pourtant après m’en être gavé cet été j’aurais dû être plus attentif.
Mais j’ai un peu de mal à voir qu’est ce qui ressemble à un s’more dans un RTG. Ce sont les plots des modules Peltier ? 😛
Parce que de mon côté, un s’more, ça me fait plutôt penser à un BN vanille, donc à un empilement de couches… peut-être les isolants ?

PS: Tu me diras, comme c’est moi qui ai ton livre, je pourrais aller voir dedans au lieu de poser des questions sur ce blog.

Poppy
Invité

Ah ! Quand je suis rentrée à Noël j’avais l’impression que ce que je disais n’avait aucun sens, mais c’est bien j’ai trouvé d’autres gens atteints du même mal que moi. C’est plus flagrant en France, car avec les expat’ on est tous atteints du même mal 🙂