Californie, je t’aime mais je te quitte

Cela fait plus d’un an que nous avons emménagé à Pittsburgh, en Pennsylvanie, et j’ai envie de vous parler un peu plus de cette ville. Mais auparavant, je voulais vous expliquer pourquoi nous avons quitté la Californie ensoleillée pour nous établir dans cette ville aux portes du Midwest américain. Quitter la Californie a été un choix mûrement réfléchi. Tout comme le choix de Pittsburgh pour notre destination (grâce au travail de mon mari (grosse boîte avec des bureaux et des possibilités de mutation un peu partout), nous aurions pu également aller à Seattle, Boston ou encore New York). Nous avons fait deux voyages de reconnaissance avant de prendre notre décision : un premier week-end en décembre (j’appréhendais le froid de l’hiver!) et une semaine en juillet (j’appréhendais la chaleur humide de l’été!) Alors oui, il fait froid en hiver et chaud et humide en été, mais après plus d’un an, je peux vous dire que c’est supportable (avec une bonne isolation et une bonne clim).

A la cherche d’une chouette ville où poser nos valises… (photo prise lors d’une fête d’entreprise à Noël – le thème était Sherlock Holmes).

Lorsque nous sommes arrivés en Californie il y a 5 ans, nous avons habité tout d’abord à Mountain View, puis à Sunnyvale, au cœur de la Silicon Valley. Une région exceptionnelle que j’aime beaucoup, mais clairement, je ne suis pas la seule : le marché de l’immobilier y est dément. La moindre petite maison y coûte 1 million de dollars, et si l’on veut habiter dans un quartier avec de bonnes écoles, il faut plutôt viser dans les 2 ou 3 millions de dollars. Il y a des gens qui peuvent se permettent de tels achats : ceux qui ont acheté il y a longtemps, ceux qui sont arrivés dans la Silicon Valley après leurs études, les haut-cadres des entreprises, les chanceux (et néanmoins travailleurs) qui ont participé voire créé une entreprise entrée en bourse ou rachetée, ceux qui viennent de familles fortunées qui leur donnent un « coup de pouce » (à ce niveau-là, c’est un pouce 24 carats!) Mais nous ne sommes rien de tout cela, et à cause de mon visa, je n’ai pas pu travailler pendant deux ans, ce qui n’aidait pas nos finances… Un agent immobilier de San Jose m’expliquait que bien sûr, il était toujours intéressant d’acheter, notamment grâce aux avantages fiscaux que cela procure. Mais je pense que si on en est à compter sur la déduction de ses intérêts d’emprunt et des taxes foncières pour se permettre de rembourser son prêt (lire mon article sur le côté pécuniaire d’un achat immobilier), on est tout simplement trop juste pour acheter – sans parler de l’incertitude sur le devenir des lois qui régissent ces déductions…

La Silicon Valley, c’est avant tout le lieu de naissance de la microélectronique, symbolisée par cet œuf à Palo Alto (une de mes sculptures favorites!)

Certes, devenir propriétaire n’est pas un but en soi, et on peut être très heureux en étant locataires. Mais les loyers de la Silicon Valley sont à l’avenant du prix des maisons : on parle de 2000 dollars si on est très chanceux, et de 3000, 4000 voire 5000 dollars pour les maisons dans les quartiers avec de bonnes écoles. Le calcul est simple : avec une moyenne à 3000 dollars (je suis conservatrice), sur 3 ans de vie dans la Silicon Valley, on aurait perdu dans une location plus de 100 000 dollars ! (On avait un très bon deal pour notre logement, donc on a perdu beaucoup moins). Bon, lorsqu’on a un prêt, on perd aussi les intérêts que l’on paie, mais on se console en voyant augmenter son équité dans la maison. Sans parler du fait que la protection des locataires est bien moindre aux Etats-Unis qu’en France, sauf à vivre dans une ville ou un bâtiment soumis à une certaine loi (le rent control) : le contrat de location se renégocie tous les ans, et vous pouvez donc avoir une augmentation de loyer démesurée (dans notre cas 20% après 9 mois), ou tout simplement être priés de prendre vos cliques et vos claques parce que le propriétaire veut récupérer son bien.

Notre maison de Sunnyvale décorée pour Halloween : ce qui fait peur, c’est surtout le loyer !

Alors oui, les salaires sont certainement plus élevés dans la Silicon Valley qu’ailleurs. Mais ce qui est intéressant, c’est de regarder le ratio “prix médian des maisons” sur “revenu médian des foyers” (je préfère utiliser les valeurs médianes que moyennes) : dans le comté de Santa Clara (au cœur de la Silicon Valley), une maison coûte l’équivalent de plus de 10 ans de salaires brut. Elle ne coûte que 2 ans à Pittsburgh.

A noter qu’en plus d’être abordable, le marché de l’immobilier est assez stable à Pittsburgh, ce qui fait que nous sommes assez confiants dans le fait que nous ne perdrons pas d’argent sur la maison (ce dont je n’aurais pas du tout été certaine dans la Silicon Valley… Regardez les courbes ci-dessous (évolution de la valeur de notre maison de Pittsburgh et de celle de Sunnyvale – j’ai enlevé les valeurs en ordonnée intentionnellement) : Pittsburgh n’a pas vraiment souffert de la crise de 2009 (courbe plate), mais la maison que nous louions en Californie a perdu de la valeur (pas beaucoup relativement parlant, mais en absolu plus de $200k!) On dit que le marché immobilier de la Bay Area est actuellement dans une bulle, les prix montent depuis 2013 et pour l’instant, on ne la voit pas qui éclate… (Ma grosse peur pour les gens de là-bas est qu’elle éclate au moment du Big One.)

La Californie est une région magnifique et je suis loin d’en avoir fait le tour, les personnes que nous avons rencontrées là-bas me manquent, il a fallu repartir de rien encore une fois et se rebâtir une vie dans un environnement inconnu. Mais je voulais expliquer notre décision, aussi rationnellement que peut se faire, de quitter la côte ouest et de déménager à Pittsburgh : un endroit où nous pouvions nous permettre de vivre dans une chouette maison et d’y voir grandir nos deux enfants. Et une ville beaucoup plus sexy que l’on ne pense, comme j’espère vous le montrer dans de prochains articles.

Heureuse d’être à Pittsburgh (dans le funiculaire qui surplombe le centre-ville).

 

 

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Poppy
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Pittsburg c’est vraiment chouette il paraît, une de mes amies de Tucson pense s’y installé, il semble qu’il y fait bon vivre ! J’avoue sincèrement que je suis tout à fait d’accord avec toi, c’est un peu ce qui m’a fait trainer les pieds quand on est venu habiter en Californie, les prix ! Et finalement du côté de Concord on s’y trouve pas trop mal, les prix des maisons sont assez “raisonnables” pour la région. Mais c’est vrai que je ne compare même plus les prix des maisons que j’avais pu regarder à Cbus, en Ohio et ceux d’ici. Pour le même prix en Ohio tu as 5 chambres 7 salles de bains, une maison qui a du charme et du côté de SF tu as un vieux prefa qui a 3 chambres (et elles sont petites ..) bref c’est pas fameux. Mais comme ce n’est pas dit que l’on reste (moi je veux aller dans le Maine ! et avoir une maison sur la plage pour le prix d’un studio à SF). Je travaille ma moitié au corps, mais qui sait un jour viendra peut être 😀

Cochonou
Invité
Cochonou

Justement, ton parcours professionnel américain n’a-t-il pas aussi été un facteur qui est entré en compte dans votre décision de déménager ?

Sara
Invité

Je trouve cela très intéressant de comprendre pourquoi vous êtes partis de la Californie. Le coût de la vie est vraiment très élevé en Californie, même hors logement : nourriture, activités, …
Du côté de Sacramento, notre ratio « prix médian des maisons » sur « revenu médian des foyers » est de 5.5, ce qui est plus raisonnable que dans la Sillicon Valley, mais toujours un peu élevé par rapport à la moyenne américaine. J’ai trouvé tes chiffres très intéressants !
J’ai hâte que tu nous fasses découvrir ta nouvelle ville !

Randall
Invité
Randall

Réflexions très Intéressantes. Merci à vous.

Delphine
Invité
Delphine

Super interessant ton blog. Si vous passer à Lancaster, PA, venez nous faire un petit coucou. On est là depuis Octobre 2009, avec mon mari et ma fille de 3 ans 1/2