La pédagogie Montessori en maternelle : le coche raté

Si je me suis intéressée à la pédagogie Montessori (je l’évoque ici, ou encore ), c’est tout d’abord parce que le mot a été évoqué autour de moi à plusieurs reprises avant que je ne pense sérieusement à un projet d’enfant (un neurologue lors d’une émission radio, une auxiliaire de vie scolaire originale, la biographie de grands patrons…)  Lorsque le temps est venu de trouver un mode de garde pour Lottie, le nom « Montessori », maintenant presque un adjectif, est ressorti assez vite, car il faut dire que c’est une méthode en vogue aux Etats-Unis, et notamment dans la Silicon Valley.

Une salle de classe Montessori (photo originale de Jason Carroll, distribuée sous licence Creative Commons CC BY-NC 2.0)

Il faut dire aussi que l’intérêt américain pour cette pédagogie vient du fait qu’il n’y a pas d’école maternelle publique aux Etats-Unis. L’école publique (sous-entendu « gratuite ») commence à 5 ans, avec une première année en kindergarden, avant d’attaquer les choses sérieuses en first grade (l’équivalent du CP). Que font les enfants entre 0 et 5 ans ? Un pourcentage conséquent de femmes, même des classes moyennes supérieures, s’arrête de travailler pour s’en occuper : la COO de Facebook Sheryl Sandberg écrit dans son livre Lean In : « 43% de femmes hautement qualifiées avec des enfants arrêtent leur carrière ou la mette entre parenthèse pour un moment », et en 2012, 29% des mères américaines étaient femmes au foyer [source].

Mais beaucoup de familles, conscientes des bienfaits d’une vie scolaire précoce, mettent leurs enfants dans des structures collectives, souvent uniquement le matin ou 2 ou 3 jours par semaine. Il y a donc un très grand choix de structures d’accueil pour les petits, et le fait qu’elles soient privées permet une diversité importante.

Si l’absence d’école maternelle est un inconvénient clair pour les familles (notamment les familles pauvres et/ou monoparentales), cette diversité est quant à elle une richesse en terme de choix éducatif. Il y a au total 4000 écoles Montessori aux Etats-Unis [source], et 182 seulement en France [source] (comme j’aime bien normaliser mes chiffres, cela fait une école pour 80 000 habitants aux USA, et une pour 363 000 habitants en France (chiffres arrondis), soit rapporté à la population, un ratio de 4.55 écoles Montessori aux USA pour une en France).

La pédagogie Montessori permet aux enfants de choisir leur activité en fonction de leur intérêt du moment, pour pouvoir profiter au mieux des périodes sensibles propres à chacun (photo originale de KJJS, sous licence Creative Commons CC BY 2.0)

Pourquoi vous raconté-je cela ? Parce que je suis convaincue que la pédagogie Montessori a quelque chose à apporter au système éducatif français. Parce qu’elle est pour l’instant réservée aux élites, qui d’une part en ont connaissance, et d’autres part peuvent se le permettre financièrement. En faisant des recherches sur le sujet, j’ai appris qu’une pédagogue, Céline Alvarez, a mené pendant 3 ans une expérience concluante dans une école de ZEP. Ce qu’elle faisait intéressait particulièrement des neuroscientifiques. Et parce que sans raison, « on » a mis fin à cette expérience. Alors je partage cette information, à la fois fâchée et déçue contre cet immobilisme, cette rigidité, ce manque d’ouverture trop caractéristique du système éducatif français.

Je vous invite à vous rendre sur le site web du projet de Céline Alvarez, Classe Maternelle, Gennevilliers, ainsi que sur les pages du blog associé où vous trouverez des outils Montessori (et si vous le pouvez, à soutenir financièrement le projet !)

EDIT (9/02/2018): pour ceux qui s’intéressent au sujet, le site public-montessori.fr a l’air d’être une bonne ressource.

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4 Commentaires sur "La pédagogie Montessori en maternelle : le coche raté"

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Cochonou
Invité

Ça fait quand même un peu racket ta source…
"Une école Montessori c’est à la fois un matériel agréé ET des Educateurs(trices) dûment formés(ées) à la pédagogie Montessori." Ca me rappelle les cours de Yoga Iyengar (TM) ou Bikram (R), avec des organismes qui s’en mettent plein les fouilles pour distribuer des certifications officielles.

Lily
Invité

Je comprends ta suspicion, et d’ailleurs, tu m’ôtes les mots d’un prochain post en cours de rédaction : « Le mot Montessori n’étant pas une marque déposée, il est utilisé à toutes les sauces, parce que cela fait un titre vendeur ou un tag accrocheur. Tout le monde semble faire du Montessori ! » Cependant, il me semble que le propos de la démarche n’est pas de faire du Montessori avec matériel et éducateurs dûment formés. Il s’agit de réformer le système de l’intérieur, en mettant à la disposition des instituteurs actuels des outils d’inspiration Montessori ainsi que les résultats des recherches scientifiques sur l’apprentissage. Et c’est ça qui me plaît : que la méthode sorte des écoles purement Montessori (privées, chères et peu nombreuses) pour devenir mainstream. Cela permet également de créer une communauté d’enseignants qui se supportent dans leur formation et le changement qu’ils mettent en place dans leurs écoles respectives. Et ça marche, il n’y a qu’à voir la carte des initiatives !

alice
Invité

ah tiens un blog qui ressemble au mien 🙂
On a aussi Montessori dans nos experiences mais commencé en France (http://boboforever.over-blog.fr/2016/10/la-grande-aventure-de-l-ecole-montessori.html) et continué aux US (dans la SV, of course). j’ai peur que le décalage avec le kindergarten soit abyssal…