{Écologie} Et si on parlait rationnement ?

Lorsque nous vivions en Californie il y a trois ans, l’état était en pleine période de sécheresse: on nous demandait de rationner notre consommation d’eau en arrosant moins (les Américains sont de façon générale obsédés par leurs pelouses vertes), en n’installant pas de piscine, en récupérant l’eau des rares pluies et en limitant les bains et la durée des douches. Nous faisions notre part, en mettant notre petite piscine gonflable à la retraite et en utilisant un petit sablier de douche qui nous assurait de ne pas y passer plus de 5 minutes.Lorsqu’une ressource comme l’eau devient rare, on demande aux citoyens de se rationner de manière volontaire, on passe quelques mesures locales (arrosage permis deux fois par semaine par exemple) et bien sûr, on agit sur le levier financier en augmentant les prix: si l’eau coûte plus chère, les gens en consommeront moins, grâce à cette bonne main invisible du marché.

Oui mais: à l’époque, je m’étais fait la réflexion que vu le salaire de certaines personnes de la Silicon Valley, le prix de l’eau pouvait doubler ou même tripler, ces personnes-là ne verraient même pas la différence parce que leur facture d’eau doit représenter 0.1% de leur budget mensuel (piscine inclue). Alors qu’une telle augmentation impacterait sérieusement les milieux plus défavorisés.

La main invisible du marché prend les pauvres à la gorge tout en épargnant les riches (il me semble impossible que je sois la première à écrire cela).

C’est ainsi que j’ai réalisé que nous n’y échapperions pas: si nous voulons changer les comportements tout en conservant une justice sociale, il faudra en passer par le rationnement des ressources.

Cela faisait donc quelques années que j’avais ce raisonnement dans la tête, et c’est le mouvement des gilets jaunes en France qui me pousse à vous en parler aujourd’hui. Je trouve super qu’il y ait une taxe carbone, et encore mieux si l’argent récolté est mis à profit pour financer la transition énergétique. Mais comment expliquer cela à une personne qui dépend de sa voiture et pour qui les fins de mois sont difficiles? Comment parler depuis ma position de privilégiée, qui ne regarde même pas le prix de l’essence à la pompe? Celui-ci devrait tripler avant qu’il ne devienne un problème pour moi.

Quand accepterons-nous que les lois du marché et les outils fiscaux classiques ne suffiront pas à résoudre la crise climatique dans laquelle nous sommes?

Les scientifiques préviennent qu’il n’est pas impossible de contenir le réchauffement climatique à 1,5°C mais que cela demanderait des transitions sans précédant. Pour ma part, j’imagine que nous pourrions entrer dans une « économie de l’écologie » qui serait aussi ambitieuse qu’une économie de guerre, en cela où elle mobiliserait l’ensemble de la nation dans la poursuite d’un objectif commun et utiliserait des outils qui, oui, limiterait notre liberté individuelle. Je suis convaincue que le rationnement est un outil qui rendrait beaucoup plus juste les changements économiques qu’il convient de faire.

Maintenant, nous pourrions parler des détails: rationnement d’essence, d’électricité, de gaz, de viande, limitation du nombre de voyage en avion par personne et par entreprise, budget carbone annuel alloué à chaque citoyen, limitation des surfaces habitables (je vous ai parlé de mes voisins qui se font construire une maison de 500 m2 pour une famille de quatre?) etc.  Les détails sont importants et nous pouvons en discuter.

Mais par ce billet, je voulais soulever la question de la nécessité, si nous sommes vraiment sincères dans notre volonté de réduire le réchauffement climatique et de le faire de façon équitable, de réaliser que le rationnement, s’il n’est pas la solution unique, en fait partie.

Je vous laisse sur cette idée: parlez-en autour de vous, dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires, racontez-moi les transitions sans précédant auxquelles vous songez.

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Chère Lisou,
Avant toute chose, je trouve assez salutaire que tu te lances dans ce genre de réflexion sur ton blog. On voit bien que ce sont ne sont pas ces sujets fondamentaux qui emportent l’adhésion des foules… contrairement à la déco !
La problématique étant complexe, je ne m’ose à une réponse que parce que j’ai bu une bonne bouteille de vin ce soir.
Premièrement, je crois qu’il y a un point commun assez fondamental entre l’imposition (qui concerne plus directement les gilets jaunes) et l’empreinte carbone: taxer (ou rationner) les 1% ou 5% les plus aisés n’a qu’un impact extrêmement faible sur les finances publics ou sur l’effet de serre. Il n’y a juste pas assez de personnes concernées… ainsi, que tu diminues personnellement ou non ta consommation « privilégiée » de pétrole, n’a qu’un effet relativement négligeable sur notre survie à tous.
Qu’il s’agisse de l’impôt ou de l’empreinte carbone, la tentation est donc forte de n’agir principalement que sur les populations où l’impact est le plus fort… même sans aucun cynisme – il est plus facile de concentrer ses efforts là où le bras de levier est le plus important.
Avec le mouvement des « gilets jaunes » ou d’autres, on voit bien les limites de cette approche purement mathématique ou du « moindre effort »: tout cela marche tant contrat social, ou autrement dit que le consentement à l’impôt des populations reste partagé.
À partir du moment où ce n’est plus le cas, et où l’on se rend compte que les efforts sont répartis de manière non égalitaire, on se retrouve à tagguer l’Arc de triomphe ou à bruler des Lamborghini.
Bien entendu, l’équité de l’effort passera certainement par une limitation des libertés individuelles. Mais j’ai du mal à croire que cela ne fasse pas bien longtemps que tu aies réalisé cela… parce que la « main invisible du marché », depuis quand est-ce que tu crois qu’elle agit pour le bien commun ?