Et si nous n’étions pas venus vivre aux USA : les choses que je n’aurai (probablement) pas faites en France

Ce mois-ci, le sujet du « 20th in America » est : « Les choses qu’on ne faisait pas en France ». C’est donc pour moi l’occasion d’écrire un post un peu plus personnel et de faire un petit bilan après déjà (!) quatre années de vie aux USA, puisque je suis arrivée « pour de bon » aux Etats-Unis en mai 2012. Les éléments de la liste que je dresse ci-dessous ne tiennent pas uniquement au simple fait d’habiter aux Etats-Unis, mais également à ma situation particulière d’immigration qui m’a empêchée de travailler pendant 2 ans (visa de dépendant H4), à notre décision de déménager de la Californie à la Pennsylvanie, et enfin au fait de devenir maman, qui est un bouleversement aussi grand que la traversée de l’Atlantique !

Voici donc la liste des choses que je n’aurais (probablement) pas faites si je n’étais pas venue vivre aux Etats-Unis :

1. Avoir une voiture : en trente ans de vie en France (et 12 ans de permis), je n’ai jamais eu de voiture à mon nom. Parce que ma mère me prêtait facilement la sienne (merci Maman, même si je sais que tu ne me lis pas !), parce que j’habitais en ville avec tout ce que cela suppose comme moyens de transport en commun pratiques (si si !), parce que je louais une voiture si j’en avais besoin, et parce que les dernières années, j’étais membre d’Alpes Autopartage (maintenant Cité Lib), et que ma relation à la voiture s’apparentait plus à un service qu’à une possession matérielle (je recommande le système !)  Aux Etats-Unis, n’habitant pas dans une grande ville mais dans la banlieue, tout a changé (le partage d’auto se fait également aux USA, avec notamment les Zipcar dans les grandes villes). En banlieue, on a quasiment l’équivalence « pas de voiture = pas de vie ». Donc, j’ai mangé mon pain blanc et nous avons acheté une voiture.

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Ma première voiture : une Honda Fit (à gauche), une des plus petites voitures du marché. Du coup, je m’amusais à la photographier à côté des grosses voitures américaines !

2. Prendre des cours de sculpture, de couture ou encore de politique étrangère américaine : quand on arrive dans un endroit inconnu, et a fortiori lorsqu’on ne travaille pas, il faut bien s’occuper et rencontrer de nouvelles personnes. Ça a été pour moi l’occasion de fréquenter assidûment les « Community Centers », des sortes de Centre Associatif et Culturel (ou de MJC), qui proposent plein de cours sympa en journée et pour pas cher. Si la sculpture et la politique étrangère américaine se sont révélé décevantes (du type « club de discussion pour 4ème âge »), cela m’a permis de réaliser enfin mon fantasme de couturière en puissance.

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Ma toute première robe : je fais la fière à côté de la machine à coudre !

3. Prendre un comptable pour faire les impôts : je pensais que cela était réservé aux riches qui voulaient optimiser leur fiscalité. Eh bien, il s’avère que dès que l’on sort du cadre « salarié avec un W2 » (l’équivalent d’un récapitulatif de fiches de paie), les choses deviennent un peu plus compliquées, et qu’il est assez commun de faire appel à un professionnel pour remplir les papiers.

4. Habiter dans une maison en banlieue : j’ai toujours pensé, et je le pense encore, que pour réduire notre empreinte écologique, rien ne vaut l’appartement en ville à côté d’une ligne de bus. A Grenoble, je me moquais des « amoureux de la nature » qui habitaient dans le Vercors, prenaient leur voiture tous les jours pour aller travailler, et chauffaient leur maison individuelle mal isolée. Me voilà maintenant dans la même situation et en contradiction avec mon grand principe moral : « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature » (Kant). Depuis que je suis aux Etats-Unis, entre vivre dans une maison en banlieue et l’utilisation quasi-quotidienne de la voiture, sans parler des vols transatlantiques, mon empreinte écologique a beaucoup, beaucoup, beaucoup augmentée (ma seule excuse est liée au fait que les bonnes écoles publiques se trouvent en banlieue).

5. Créer ma propre entreprise : j’en parle ici pour la première fois, et les choses ont bien avancées depuis (il est plus que temps que je publie un petit bilan !), mais lorsque nous avons pris la décision de partir en Pennsylvanie, j’ai voulu tenter l’aventure de travailler sur quelque chose que je pourrais facilement emporter avec moi plutôt que de prolonger un contrat de travail pas très épanouissant. Cette envie s’est conjuguée au dynamisme entrepreneurial de la Silicon Valley et à la culture américaine beaucoup plus ouverte sur ce type d’aventure : un Français dirait « tu créées ton entreprise parce que tu n’as trouvé de travail ? » (ce n’est pas loin d’être du vécu !) alors qu’un Américain est tout de suite enthousiasmé par une nouvelle idée. Ma frustration de ne pas pouvoir trouver du bon thé en vrac à un prix raisonnable, l’opportunité d’avoir la World Tea Expo à 600 km de chez moi (la distance semble raisonnable à l’échelle américaine !) et le fait d’avoir un peu d’argent de côté à investir, m’ont finalement donné toutes les bonnes raisons pour me lancer. Il faut savoir qu’il est assez facile de créer sa boîte aux USA, et je n’ai pourtant pas choisi la structure la plus simple. Le fait d’avoir un comptable pour la déclaration d’impôt facilite également les choses (voir le point 3), même si en-deçà d’un certain chiffre d’affaire, la déclaration est simplifiée et que je ne désespère pas de la faire moi-même un jour.

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Mon premier marché d’artisanat : vente de boîtes à thé faites mains et de thé en vrac.

6. Elever ma fille « à l’américaine » : il est difficile de savoir quel type de maman j’aurais été si j’avais eu mon premier enfant en France, mais j’imagine que je me serai posé beaucoup moins de questions. Il est possible que le rayon « éducation » dans notre bibliothèque ai été aussi fourni vu que mon premier réflexe avant de me lancer dans quelque chose de nouveau est de réaliser une bonne bibliographie. Mais je n’aurais probablement pas attendu les 6 mois de Lottie pour la mettre en crèche (ou chez une nourrice), je ne me serais pas intéressée à la pédagogie Montessori, je n’aurais pas rejoint un groupe de mamans et participer à toutes les activités attenantes (comme une chasse aux œufs à Pâques ou une distribution de bonbons à Halloween – alors que Lottie n’avait même pas 2 ans !), je ne l’aurais pas emmenée à autant de cours et d’activités, je n’aurai pas organisé des playdates, je ne me baladerais pas constamment avec un petit sachet de Cherrios dans le sac pour les snacks impromptus, et je ne inquiéterais pas de la façon de lui apprendre à lire et à écrire en français…

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Petit montage photo réalisé pour Halloween 2014

 

7. Prendre des habitudes de vie typiquement américaines, comme le fait de faire ses courses à toutes heures du jour (et de la nuit – nous avons un supermarché à côté de chez nous qui ne ferme jamais). Au début, j’essayais de résister (« non, le dimanche est un jour qui doit rester spécial, je boycotte ! »), et j’avoue que j’ai bien changé depuis, pervertie par le confort qu’offrent ces horaires… A savoir que je n’ai JAMAIS entendu de débat sur l’ouverture des magasins le dimanche. Nous mangeons également un peu plus dehors ou nous commandons plus facilement de la nourriture à emporter, et je me sers de plus en plus fréquemment du distributeur de glaçons intégré au frigo (grâce au fameux réfrigérateur américain, plus d’inquiétude à avoir pour les glaçons de son mojito !) Et… nous avons deux machines de gym dans le sous-sol de la maison.

8. Vouloir devenir citoyenne américaine (dans trois ans si tout va bien) : si on m’avait dit cela quand j’étais ado et tout feu tout flamme contre le capitalisme/libéralisme américain, j’aurais ouvert de grands yeux et pensé que c’était quand même pousser l’expérience de l’expatriation à l’extrême. Mais après avoir vécu plusieurs années ici, et également y avoir des enfants, le côté pratique, de principe et symbolique ont fini par l’emporter. Pratique, car il est assez difficile de pouvoir venir vivre et travailler aux USA (nous avons eu énormément de chance dans ce processus). De plus, nos enfants ayant la double nationalité, il est possible qu’ils choisissent de faire leur vie ici, même si nous décidons de notre côté de rentrer en France. Il nous sera alors beaucoup plus facile de naviguer entre les deux pays. De principe, car il est pour moi très important de pouvoir participer à la vie civique du pays. Ayant la carte verte, nous avons tout de même le droit de contribuer financièrement à la politique en faisant des dons (ce que j’ai fait lors de ces primaires) et d’ailleurs, une contribution financière a peut-être plus d’influence sur les résultats des élections qu’un vote… La citoyenneté nous permettra non seulement d’élire notre président et représentants au congrès, mais également les shérifs, les juges, le conseil municipal… bref, des personnes dont le travail a un impact immédiat sur notre vie. A savoir que je n’ai jamais entendu parlé d’accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales comme il en est régulièrement question en France. Et enfin, symbolique, car vivre aux Etats-Unis a forcément transformé mon identité de Française (d’autant plus que nous y avons franchi une grande étape dans notre vie en y devenant parents), et acquérir la citoyenneté serait reconnaître cette évolution.

9. Traverser les Etats-Unis d’Ouest en Est : mes envies de voyages personnelles, ce serait plutôt les grandes métropoles du monde et le continent asiatique, mais comme l’occasion s’est présentée, il eut été dommage de ne pas la saisir (voir cet article avec une carte de notre parcours). Lac Tahoe, Parc du Yellowstone, Mont Rushmore… autant de lieux qui ne m’attiraient pas spécialement, et que je suis finalement ravie d’avoir visités (au passage, je suis tombée amoureuse de l’Etat du Wyoming, presque aussi beau que la Californie !)

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Photos de notre road-trip : la tête de Nounours à côtés de celles des présidents des Etats-Unis (Mont Rushmore), Old Faithful, le geyser le plus connu du Yellowstone, le lac Tahoe (le lac de Bouba !) et la traversée du Wyoming.

 

10. Ecrire ce blog : peut-être l’aurais-je fait également en France, puisqu’il me permet d’assouvir mon plaisir d’écriture, mais habiter aux Etats-Unis me donne beaucoup de sujets d’articles, d’autant plus que j’ai eu ces dernières années le luxe d’avoir du temps, ce qui facilite la tenue d’un blog – même si je fonctionne surtout à l’envie et que mes publications ne sont pas toujours régulières !

11. Retrouver une communauté internationale : j’ai toujours aimé fréquenter le monde, et grâce à mes stages étudiants (Irlande, Etats-Unis, Suède, Pays-Bas) et un passage à l’International Space University (dont la devise contient « Interculturel » et « International »), j’ai eu la chance de le faire à loisir entre 20 et 25 ans. En vivant en France, et malgré le fait que le milieu scientifique accueille une belle part d’étrangers, mon entourage était finalement à 95% français. Ici, nous avons rencontré des Indiens, des Chinois, des Thaïlandais, des Turcs, des Vietnamiens, des Libanais… Bref, nous avons des occasions formidables non seulement de goûter à plein de bons petits plats (dit la gourmande !), mais également de nous enrichir de toutes ces différences.

A voir cette liste, je suis quand même contente du bilan de ces quatre dernières années, même s’il y a de gros points noirs. Bien sûr, j’ose espérer que j’aurais pu faire également une belle liste si nous étions restés en France, à commencer par une carrière plus satisfaisante, et beaucoup plus de souvenirs et de bons moments passés en famille et entre amis. D’ailleurs, c’est probablement ce que j’aurai préféré, mais l’homme qui partage ma vie n’aurait pas pu avoir l’expérience professionnelle extraordinaire qu’il a en travaillant pour Google. Choisir l’épanouissement professionnel de quelqu’un d’autre au dépend du mien, voilà une chose que je n’aurais pas faite en restant en France et dont je ne me serais jamais crue capable (attention, je ne dis pas que c’est un bon choix, c’est compliqué ces choses-là…)

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Un de mes endroits favoris à San Francisco : the 16th Avenue Tilted Steps (que j’appelle « l’escalier magique »). Il est comme la vie, composé de petits bouts de couleurs qui s’assemblent pour former une histoire unique…

 

Cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side.

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Ce mois-ci, les participants sont :

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11 Commentaires sur "Et si nous n’étions pas venus vivre aux USA : les choses que je n’aurai (probablement) pas faites en France"

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Jackie Brown
Invité

Je suis jalouse pour le cours de couture. Ici, je n’ai trouvé que des cours où il fallait apporter sa machine. N’importe quoi. Mais je ne désespère pas d’apprendre un jour. Ta robe est superbe.

Lili
Invité

Merci 🙂 Il s’agit du model 8123 de Burda, niveau "très facile".
Un conseil si tu te lances dans la couture: commence par faire des robes sans manche, ça simplifie la vie! Ou des sacs (style tote bags), il y a plein de models sympa!

Jackie Brown
Invité

Merci pour les suggestions. C’est ce que je ferai si je me décide.

Isabelle
Invité

super article et super d’avoir monté ta boite ! merci pour ta participation au 20th in America !

Sandrine
Invité

Je suis d’accord, avoir des enfants nous fait changer de point de vue sur la citoyenneté. Notre enfant devient essentiellement américain en vivant ici. Vous verrez qu’en grandissant, ce sera encore plus vrai, et aussi si vous avez deux enfants (ils parleront anglais ensemble). Une fois que les enfants veulent rester ici, difficile de revenir en arriere…..

Lili
Invité

Oui, c’est ce qu’on m’a dit aussi. J’ai entendu un peu toutes les expériences, mais j’ai l’impression que c’est en majorité à l’adolescence que ça se joue, lorsque la société prend plus d’importance par rapport à la cellule familiale… (?)

Sandrine
Invité

En effet, les ados ont du mal a bouger, a changer de vie ou d’endroit, a changer de culture. C’est un age difficile et fascinant. Des 11 ans ma fille a commencé a changer…..a partir du moment ou elle est entree au college nous sommes restes au meme endroit (Miami) car elle avait besoin de stabilité et de reperes, de garder les memes amis. Sur une autre note, Je suis curieuse de voir si vos enfants parleront anglais ou francais ensemble mais de mon experience je peux dire que 95% des couples francophones voient leurs deux enfants ou plus parler anglais entre eux, parfois meme repondre a leurs parents en anglais. Ma fille a parlé francais avec nous tout le temps car elle est enfant unique….mais aujourd’hui qu’elle est partie faire ses etudes elle ne parle plus qu’anglais, sauf avec nous quelques heures par mois 🙂

Cochonou
Invité

Avis très personnel et certainement très arbitraire: je n’ai pas l’impression que tu aurais été une mère très différente de ce coté-ci de l’Atlantique (joker pour les Cheerios et les playdates)
Je retrouve tellement de ton caractère dans la manière dont tu es avec Charlotte… prends-le comme tu veux ! (mais j’espère bien :p)

Lily
Invité

@ Sandrine: merci pour ton commentaire, c’est super intéressant de voir comment cela s’est passé pour vous! Effectivement, la plupart des couples francophones me disent que leurs enfants parlent en anglais entre eux. Une collègue chinoise m’a même raconté que sa fille n’a plus voulu parler à ses grands-parents pendant quelques années car ils ne comprenaient que le chinois! On verra comment cela se passera pour nous… (on a le temps vu que le petit frère ne naît que dans un mois!) @ Cochonou: tu veux dire que je me serai posé autant de questions? J’ai l’impression qu’il y a moins de pression sur la façon de faire du "bon parenting" en France, mais j’ai eu très peu de fenêtres d’observation, et comme on croit toujours que l’herbe est plus verte ailleurs… A ce propos, Lottie me pose déjà des dilemmes philosophico-moraux, il faut que j’en parle!

alice
Invité

Wahou ! on finit toutes par faire les memes découvertes sur nous. Vivre aux Etats-Unis c’est finalement voyager à l’intérieur de soi-même et “devenir oui on est”. C’était ma minute pleine conscience.

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