{Maman française aux USA} Bleuenn, enceinte de 7 mois au Texas

Bleuenn, enseignante, mariée à un Américain rencontré et épousé à Paris. Je l’ai suivi en Californie en février 2016, par amour mais aussi par goût de l’aventure, et six mois plus tard je trouvais du travail au Texas, pour nous deux (!) Nous y sommes depuis deux ans. Techniquement parlant, je ne suis pas encore maman puisqu’enceinte de sept mois, mais ayant récemment passé un mois en France, où ma sœur vient d’ailleurs d’accoucher, je suis bien placée pour comparer les deux systèmes.

Tout d’abord, il faut savoir que la grossesse, et la prise en charge qui va avec, varient énormément d’un Etat à l’autre. Moi, je vis au Texas, un Etat qu’on imagine aisément pro-famille étant donné le nombre de méga-churches et de groupes anti-avortement qui s’y trouvent. Oui mais voilà, les Texans croient aussi dans un gouvernement minimal (une survivance du Far West, peut-être). Au final, donc, on se retrouve souvent à se débrouiller comme on peut. Etonnamment,la culture individualiste américaine a aussi de bons côtés, et je vais tâcher de faire la part des choses dans ce petit texte.

La première chose qui m’a marquée, lors de mon retour en France, c’est l’attention portée au poids de la femme enceinte et à son apparence physique. Chaque manuel de grossesse qu’on me mettait entre les mains parlait de « rester exigeante » envers soi-même, de veiller à continuer à plaire au papa, et suggérait de glisser une trousse à maquillage dans la valise post-accouchement pour la maternité. Moi qui ai à jongler avec des complications de grossesse, je suis tombée des nues. Ne pourrait-on pas nous laisser tranquilles avec ça, juste pendant ces neuf mois ? Le seul médecin que j’ai vu en France m’a fait les gros yeux quand j’ai dit que j’avais pris dix kilos en six mois et demi. Ma gynéco américaine, elle, a tout de suite pensé diabète ou croissance excessive du fœtus, et n’a jamais émis le moindre jugement. Ici, où le taux d’obésité est d’environ 30%, personne ne se permettrait de dire qu’une femme bien en chair ne peut pas être sexy. On voit souvent des femmes franchement grosses se balader en short ou petite robe, et je dois dire que leur confiance en elle fait plaisir à voir.

Un autre point positif du suivi américain, pour moi qui ai une bonne assurance santé, ce sont les nombreux tests médicaux. J’ai 39 ans, ce qui suffit à me classer dans les «grossesses gériatriques » (sic) et donc à risques. Eh bien à douze semaines de grossesse, j’ai eu droit à un test sanguin me donnant le caryotype entier du bébé ; on a pu savoir qu’il n’avait pas de trisomie, ni de bouts de chromosomes manquants, et connaître son sexe, ce qui a étonné tous nos amis français… Un mois plus tard, on me testait à nouveau quant aux maladies génétiques dont je pouvais être porteuse : mucoviscidose, drépanocytose, et plusieurs dizaines d’autres. J’ai donc pu continuer ma grossesse sans me soucier de ça, ce qui est précieux quand on sait que l’interruption médicale de grossesse est interdite au Texas après 20 semaines de gestation !

Je dois aussi ajouter que, d’un point de vue bassement matérialiste 🙂 , le « baby shower », cette tradition qui consiste à couvrir de cadeaux la future maman (comme une douche, d’où le nom), est assez fantastique. A six mois de grossesse, je disposais déjà d’une poussette, d’une table à langer, de sacs à biberon et couches et de petits vêtements jusqu’aux 9 mois du bébé ! De quoi envisager l’avenir sereinement, grâce à la générosité des amis et collègues de boulot.

En revanche, là où le système américain pèche gravement, c’est pour le congé maternité. Il existe un droit fédéral au congé pour raisons de santé et raisons familiales de douze semaines. Le truc, c’est que pour les grossesses, ce congé ne se déclenche que le jour où vous accouchez. Je me vois déjà ayant mes premières contractions en plein cours de grammaire… Je suis actuellement confinée à la maison pour risque d’accouchement prématuré ; si je devais rater la rentrée, voire plusieurs semaines de classe, tout cela serait décompté de mes douze semaines de congé, ce qui poserait vite problème pour l’après-naissance. De plus, ce congé n’est pas nécessairement payé, ça dépend de votre employeur et de votre rang dans la boîte. Dans ma situation, quatre semaines seront payées, peut-être encore deux autres à mi-salaire si je parviens à obtenir le fonds de solidarité de l’école, mais en gros je me finance plus de la moitié du temps. J’en ai les moyens, même si ça me fait râler, mais qu’en est-il des femmes qui travaillent dans les supermarchés ou les stations-service ? Renseignements pris, elles retournent souvent travailler très tôt et font appel à la solidarité familiale.

Ce qui nous mène à un autre problème : le coût de la scolarité et de la garde d’enfants. Pas de crèches municipales, de maternelles publiques ni même d’allocations familiales aux USA. Nous avons réussi à trouver une crèche à 700$ par mois, un peu loin de la maison, mais celles qui sont à côté nous demandant jusqu’à 1350$ par mois, le choix a été vite fait. Je ne sais pas où nous vivrons jusqu’à ce que notre fils soit en âge d’aller à l’école publique et gratuite (5 ans ici), mais si jamais nous étions toujours aux USA, il faudrait compter un millier de dollars par mois pour la crèche ou l’école privée. Autant vous dire qu’il ira faire ses études supérieures en France – à condition que le système n’ait pas changé d’ici là, ce qui est une autre affaire.

Enfin, le regard porté sur les femmes enceintes diffère énormément dans les deux pays. En France, j’ai eu la bonne surprise de passer devant tout le monde à l’aéroport, au supermarché, dans les expositions, etc. Aux USA, on me laisse également sa place dans les transports en commun, mais rien n’est prévu pour les autres types de queue ! La station debout prolongée est pourtant la même, il me semble ? Certes, mais selon mon Américain de mari, c’est écrit partout dans les transports, nulle part ailleurs, alors on n’y pense pas. Drôle de logique, tout de même. A l’aéroport, au service d’immigration, j’ai presque dû pleurer pour que l’officier m’épargne la bonne demi-heure d’attente debout, alors même que j’ai visiblement un ventre énorme. Il ne voulait même pas que je demande individuellement aux gens s’ils voulaient bien me laisser passer, au motif que « si tout le monde fait ça »… J’ai dû lui rappeler que tout le monde n’était pas enceinte de sept mois. Enfin, un gentil monsieur m’a fait passer devant lui.

Se projeter dans l’avenir n’est pas facile. Nous ne pensons pas rester au Texas indéfiniment, mais l’endroit où nous atterrirons dépendra vraiment du travail qu’on pourra trouver. Mon mari, originaire de la côte Ouest, aimerait bien qu’on se déplace par là-bas. Je dois avouer que l’idée de l’élever, même quelques années, dans l’Amérique de Trump me fait un peu peur. Pour rien au monde je ne voudrais qu’il apprenne dès le CP à se protéger d’un tireur s’introduisant dans son école, ou qu’il aille passer la nuit chez un petit copain où, peut-être, il y a des armes à feu non sécurisées. Où qu’on soit, je pense que notre fils grandira dans un environnement international, et ira à l’école française si possible. Pour le collège et le lycée, on aimerait bien qu’il bénéficie de l’expérience américaine, avec un vrai campus, une vraie vie de communauté, des rituels marqués comme la distribution des prix, et une cérémonie de « graduation » à la fin. Je compte lui parler français, même si j’imagine bien que ça ne sera pas facile tous les jours. Mon intention serait qu’il grandisse dans plusieurs pays, certains francophones, certains non, pour que les deux langues lui soient vraiment d’utilité quotidienne. Du coup, j’ai un peu peur d’en faire un enfant « hors-sol », qui n’a pas vraiment de racines, et qui est constamment partagé entre plusieurs identités. J’ai vu certains de mes élèves se débattre avec ça, d’autres le gérer parfaitement bien. J’imagine qu’on ajustera au fur et à mesure. Depuis la naissance de ma nièce, et en pensant à mes parents qui verront si rarement leur petit-fils, j’ai de plus en plus envie de rentrer en Europe. Surtout si nous faisons un deuxième enfant un jour ! Qui sait, l’avenir est fait d’opportunités à saisir…

Merci Bleuenn d’avoir partagé ton expérience de future maman aux Etats-Unis: bonne fin de grossesse et bonne rencontre avec votre bébé!

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Huzé
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Huzé

Il y a trente et quelques années, Je me souviens d’avoir trouvé le prix de la crèche à Paris exorbitant, même pour nos deux salaires de cadres, et d’avoir été très en colère de découvrir combien le moindre service rendu, absolument nécessaire si on n’a pas sa famille dans le voisinage, était payant… J’avais eu un peu la nostalgie de la vie d’autrefois, dans les bourgs de campagne, où les gens se connaissent et gardent facilement un petit pendant que sa maman va se faire couper les cheveux, ou le ramènent de l’école avec le leur, sans demander une heure de rémunération au tarif baby-sitter pour le moindre service. Absolument personne ne m’a jamais proposé, alors, ce genre de chose. Mes idées sur le monde en avaient été assombries. Le règne du do it yourself ou, en bon français, “démerde toi toute seule”, ou encore du “c’est pas mon problème” était déjà envoie d’installation. Comme disait déjà Reiser : on vivait “une époque formidable” !
Heureusement, pour mon second enfant, j’ai trouvé une adorable marocaine, mère de famille, qui m’a apporté confiance et détente. Elle était disponible, vive, pleine de bon sens et de connaissances que je n’avais pas (abriter les bébés de la lumière en cas de rougeole, par exemple…) , ne comptait pas les minutes qui débordaient des horaires syndicaux, aimait mes enfants, leur parlait abondamment… Quelle chance j’ai eue là.
Fabienne