L’algorithme et le styliste (les box vêtements #3)

Je voulais dans ce billet prendre un peu de recul par rapport aux box vêtements dont je vous ai parlé précédemment (en réalité, c’est que mon billet original est devenu très long et que j’ai préféré le scinder en trois histoire de ne pas faire fuir mes lecteurs). C’est sympa de parler mode, mais les thèmes que cela permet d’aborder sont encore plus intéressants.

Il me semble que ces entreprises qui proposent des box personnalisées sont sur une idée très fructueuse: elles collectent une pléthore d’informations sur ce que les femmes aiment ou n’aiment pas dans la mode, en fait tout ce que vous gardez habituellement dans votre tête dans la cabine d’essayage. Peut-être que les designers vont enfin se rendre compte que le style «effet usé» (distress) ne plait pas à tout le monde (j’arrive à user mes jeans toute seule, merci bien!), qu’avoir des ourlets corrects est un vrai critère de choix ou que la plupart d’entre nous ne sont pas super ravies de porter des hauts qui montrent leurs soutiens-gorge. Quand on en arrive à faire des infographies comme celle-là (quel soutif mettre avec ses habits), il y a quand même quelque chose qui cloche au royaume de la mode (c’était mon coup de gueule fashion de l’année).

Moi, perplexe devant certaines tendances vestimentaires (est-il bien normal d’en arriver à se coller des autocollants sur les seins?) Et apparemment, je ne suis pas la seule!

Je ne suis pas contre avoir un algorithme qui réfléchisse pour moi et me conseille sur quoi porter (on en revient à la stratégie mode de Steve Jobs dont je parlais dans mon premier billet). La vraie question est celle qui vient avec tout processus d’automatisation: qui en est le bénéficiaire et que fait-on avec ce temps et cette énergie qui nous sont libérés? (ouf, voilà un thème luddite qui me correspond beaucoup plus que la mode!)

Remplissage de mon profil sur Wantable: mine de rien, l’entreprise collecte beaucoup d’informations sur mes goûts vestimentaire, mon corps, la taille de mon porte-feuille… (ce qui m’a fait éditer mon premier billet pour rajouter un point sur la vie privée).

D’ailleurs, Stitch Fix ne cache pas son utilisation des outils informatiques les plus poussés et l’entreprise publie des articles de blog dédiés aux ingénieurs et autres algorithmiciens. Une petite infographie sur leur site web vous explique comment des algorithmes sont utilisés tout au long de la chaîne de “production”. L’entreprise compte plus de 60 data scientists (pour 2800 stylistes d’après l’article source) et utilise des techniques de machine learning et autres intelligence artificielle. Dernièrement, les équipes ont même expérimenté avec le design de nouveaux vêtements par algorithmes et si j’en crois la photo de l’article, c’est plutôt réussi.

Wantable connaît mieux mon corps que mon médecin (note pour les curieux: c’est un profile fictif).

Je veux bien parier que d’ici trois ans, une des GAFAM (Amazon pour commencer) aura racheté une de ces entreprises – surtout leur base de données et leurs algorithmes – et vous n’aurez même plus besoin de parler à un véritable humain: un robot chattera en ligne ou au téléphone de façon aussi décontractée que le fait Claire, ma styliste de Trunk Club. L’algorithme sera (probablement est déjà) assez puissant pour vous proposer des tenues qui satisferont vos attentes, à la fois vis à vis de la personnalisation à votre style vestimentaire, mais également par rapport à votre envie de sortir de votre zone de confort.

Et puis, Amazon saura que vous regardez telle série et donc que vos goûts vestimentaires sont influencés par ce que porte l’héroïne, ou que vous êtes d’humeur girly en ce moment vu la littérature flick chick que vous téléchargez sur votre Kindle™ (c’est une disgression, mais à mon humble avis, le principal marché de la pub de demain sera intégré dans tous ce qui nous sert de divertissement (séries, livres, jeux vidéo): product placement de son petit nom, mais je préfère le terme embedded marketing (cela comprend également vos amis (ou vos bloggeurs favoris) qui essaient de vous vendre un produit parce que “vas-y, je l’utilise toujours, c’est trop génial!” en échange d’une petite commission…)). Pendant que je commence mon expérience avec différentes box vêtements, Amazon a déjà commencé la sienne avec le lancement de Prime Wardrobe en juin (il ne manque plus que les conseils d’un styliste, mais je fais confiance à Amazon pour le développement ou le rachat de l’algorithme comme je le disais plus haut).

TrendSend collecte des données démographiques très intéressantes: activité professionnelle, âge des enfants, loisirs… Bien sûr, j’ai lu en détail tout le contrat qui m’explique comment l’entreprise traite mes données privées avant de cliquer sur “j’accepte”…

À quand l’équivalent de la Doomsday Clock (l’horloge de la fin du monde) pour le « meilleur des mondes » ? Parce que là, on en est à « trois minutes avant le meilleur des mondes ». D’ailleurs, je trouve que « Three Minutes before a Brave New World » ferait un très bon titre de livre (et on y redécouvrirait la notion de classe sociale et de capital culturel comme les Américains le font en ce moment. L’idée de ces box vêtements est super (avec des caveats), mais cela reste malheureusement réservé à ceux qui peuvent se permettre financièrement le surcoût lié à la personnalisation et la praticité des dites box).

Mais trève de réflexion sociologique à deux cents, je vous laisse sur ce récent opus de SMBC (pour rester dans la thématique “meilleur des mondes”), il faut que j’essaie ma nouvelle robe. C’est Noël en juillet comme on dit ici (note pour les rigoureux: j’avais prévu de publier ce billet en juillet mais le temps file…)

Dans la même série:

(Les liens vers les box vêtements Stitch FixTrendSendTrunk Club et Wantable sont des liens sponsorisés: si vous vous inscrivez au service en cliquant dessus, j’ai droit à une petite ristourne sans que cela augmente le prix pour vous. Une façon gratuite et facile de supporter mon travail sur ce blog (merci!) (mais sachez que ce qui fait le plus plaisir à un bloggueur, c’est un petit commentaire).)

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7 Commentaires sur "L’algorithme et le styliste (les box vêtements #3)"

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Cochonou
Invité

Coucou,
J’ai juste quelques petites réflexions suite à ta série d’articles.

Je vois que tu as rempli des profils demandant des informations allant de ton tour de poignet à la taille de tes orteils, mais à moins que j’aie mal lu, à aucun moment tu ne leur as envoyé une photo de toi. C’est assez intéressant, parce que je me demande un peu comment les 2800 stylistes peuvent travailler sans voir leur clients. La part des algorithmes apparait dès lors déjà prépondérante.

A la fin de l’article, tu écris que “L’idée de ces box vêtements est super (avec des caveats), mais cela reste malheureusement réservé à ceux qui peuvent se permettre financièrement le surcoût lié à la personnalisation et la praticité des dites box).”. Mais n’est-ce pas un point de vue très personnel, car pour certains (et certainement pas moi), c’est un plaisir d’aller en magasin essayer des habits ?
Le vrai luxe, c’est certainement d’avoir le temps de faire tout ça…

Sinon de manière plus prosaïque : c’est quoi ce truc de pétales de soutif ?
Ça fait tenir les seins par antigravité ? 😀

lars
Membre

Qui aurait imaginé que la découverte de l’antigravité fuiterait à cause de soutif?

Cochonou
Invité

Un concept un peu différent mais qui peut être intéressant:
Les vêtements “à louer”, principalement pour les enfants qui grandissent.
https://www.taleme-shop.com/

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